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Journey, After Annie Dillard

by Ella Bartlett

Went to the wettest inner slip and 
found mangroves, multiplying by 
themselves, or with the help of the 
wind. Humans swam around their 
trunks, sliding in simple rhythms 
like rounding out the corners of a 
square. There were sounds of 
birds breathing, millions of buds 
growing on the outside of the 
prop roots. Barely half the size of 
my thumb, the insects believed in 
gods who live behind eye sockets 
and I said to my lover, let’s walk 
over there, to see the swimmers 
better. I was crisp, uncomfortable 
watching the water striders clip 
the edge of a fallen branch. 
Underneath this lake are 
a thousand skies, stretched out, 
teeming with things still drifting.

Ella Bartlett is an Iowan-born, New-York-educated, and Paris-based writer. This poem was inspired by a landscape described by the incredible writer Annie Dillard, in whose writing Bartlett finds familiarity and strangeness.

You can follow her on Twitter @EllaTheRewriter.

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La feuille

de Clémence Bobillot

Je marche dans le le le froid Pressé de rentrer dans dans dans le chaud Oui, dedans, bien au dedans, si bien sûr il est possible de s’y réfugier, au coeur du chaud comme d’un volcan qui refuserait de tuer, et caresserait, chaufferait, juste comme il faut sans exterminer de sa lave. Un bain de lave lave lave jovial et protecteur, nuage de guimauve ardente rouge. Je marche dans le froid vers le chaud quand survient un élément perturbateur que je m’en vais vous montrer tout à l’heure. Nous sommes bien en automne, saison qui explique ce ce ce froid comme vous l’aviez peut-être compris, si vous êtes attentifs aux détails que je sème pour vous. L’automne, c’est spécial : les arbres semblent être les seuls à ne pas avoir froid froid froid comme nous autres. Tandis que nous dissimulons nos corps sous de nombreuses couches de lainages, c’est à ce moment qu’ils choisissent de s’exhiber. Alors ils se déshabillent progressivement. C’est un strip- tease collectif, chargé de poésie, qu’ils exécutent durant de longues semaines. Certains y voient une tristesse, une nostalgie : le spleen par excellence. Mon pote Charles pleure comme une grosse madeleine inondée et écrit des vers mélancoliques, sentant la mort s’approcher de lui d’un pas à chaque feuille qui se décroche. C’est assez spectaculaire. Je le regarde chouiner, en silence, en fumant et en oubliant que je fume, et je réfléchis à tout ça sans parvenir à savoir ce que j’en pense. Moi je vois les arbres qui me draguent et qui se révèlent : pas besoin de parure pour être beaux. Ces grosses ou fines branches, droites ou tordues, chacune différente, pour moi c’est une vraie beauté bien vraie. Comme une petite culotte jetée à la figure, je reçois à ce moment de mon trajet une grosse feuille pointue en pleine poire. Elle atterrit sur mon front, bien au milieu, avant de retomber au sol. Je vois ceci comme une tentative provocatrice, je regarde l’arbre responsable de cette attaque et il me sourit. Cette feuille je la ramasse soigneusement et la garde en main jusqu’à la fin de mon trajet, j’arrive chez moi, je la pose sur mon deuxième oreiller toujours vide. Pour une fois que je peux mettre quelqu’un dans mon lit, je saute sur l’occasion. Je décide de ne pas sauter la feuille tout de suite, et de faire les choses bien. Oui, je sens qu’il faut attendre, cette fois-ci, et ne pas reproduire les conneries du passé : le passé s’invite toujours à l’aube d’une relation, les fantômes des ex se ruent dans la pièce, et ainsi je revois Gabrielle, surgir de sous mon lit, Amour, de mon armoire, Saint-Ange, d’une chaussette restée sur la moquette et Calypso, de mon oreille droite, et Yves, de ma bouche… Surgirent de tous mes autres orifices, les spectres de ceux qui les connurent mieux que personne, ces mêmes orifices. Gabrielle me caresse le visage de ses mains comme elle le faisait si bien, pendant qu’Amour embrasse mon sein, et Saint-Ange, mon beau Saint-Ange, plus éblouissant que jamais, argenté comme la Lune, mord doucement ma joue. Calypso et Yves me regardent, ils sont en colère contre moi et je les regarde aussi à travers mes larmes troubles. Ensemble ils me dévorent un moment, je ne les touche pas, je ne les empêche pas de faire leur devoir, trop impuissant face à leur tendresse. Yves finit par oublier sa haine, et pose le bout de sa langue contre ma bouche, c’est un délice : moi j’observe la feuille, qui dort, et imagine mon avenir à ses côtés. La tête me fait mal, juste là où elle a atterrit, je sens une chaleur piquante émaner du milieu de mon front. 

Clémence Bobillot est une poétesse et cinéaste. Elle est en colère pour un monde meilleur. Vous pouvez la suivre sur Instagram.

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Chronopolitisme

de David Keclard

« On ne se baigne jamais deux fois dans la même heure, car ni l’instant ni l’être ne sont jamais les mêmes… » 

– Héraclite ?

        Promiscuité des souvenirs entassés dans l’instant… 

Peut-on saturer d’idées la contenance d’une seconde ? Lorsque l’unité de mesure est comblée de pensées, les nouvelles cogitations effacent-elles les anciennes ? Débordent-elles sur la seconde suivante, ou font-elles craquer la première ? Je cherche encore comment 

    panser l’éphémère, 
                                                                                  garrotter le passager, 
                                                                                  plâtrer le transitoire.

Deux continents sont séparés par l’océan du Midi : 

                       Ante Meridiem                                                              Post Meridiem

                                « A.M. » comme « Ancien Monde ». 

Un soir, j’ai découvert les AM-ériques, en cherchant le Sommeil. À l’heurizon

j’ai senti que j’allais 

                             coloniser l’aurore.

14:30 : l’herbe piétinée du temps ne pousse plus à cet instant précis, labouré par l’idée. Perdant la nationalité d’une Heure, je suis devenu chronopolite : citoyen du temps. Mes pensées débordent les cadrans inétanchéisés.

14:30 : à quoi pensais-je chacune des fois où j’ai atteint cette heure ? N’y ai-je pas laissé un déchet de pensée, un résidu de réflexion, une impression que je retrouve toutes les 24h, reconnaissable mais changée ?

Je veux :

Décanter le temps dans la carafe des heures. 

Un conteneur où recycler les siècles 

en y jetant la canette évidée

des minutes consommées 

                                      d’une traite. 


      Ai-je pris pour les AM-ériques l’îlot de déchets de mes doutes

                                et de mes convictions ?

Car 

         14:30 est pollué par les déjà-vu de mes occupations successives.     

         14:30 est souillé par l’amoncellement de mes oublis. 

         14:30 a le cuivre oxydé d’une idole que trop de lèvres pieuses ont baisé. 

Lorsqu’une pensée me percute, est-ce une idée nouvelle qui me frappe, ou une spéculation stagnante contre laquelle je bute, comme contre la dépouille d’un animal mort ? Les pensées s’enterrent mal : 

on n’a pas le temps de sortir une pelle que,
déjà,
une minute est passée.

De nouvelles perspectives naîtront-elles du compost de mes rêveries ?

Demain à la même heure,
14:30 aura l’odeur rance d’une pensée datée.
À la même heure, après-demain,
14:30 empestera la décomposition de l’entendement, l’idée morte en déliquescence, la pourriture de l’intellect actualisé.

Chaque heure est un cimetière d’impressions éphémères. Le temps n’aura jamais assez de caveaux où momifier les secondes sous une pyramide de minutes.

Bientôt, nous aurons saturé le Montmartre des montres.

Alors il faudra

inventer
une annexe au chronos,
un cloud pour le temps,
un columbarium où stocker
les cendres des pensées incinérées
par manque d’espace.

Une mémoire vive
           où mettre 

                      la  mémoire morte.

Quel horloger pour faire rebattre 

les quartz d’heures arrêtés par l’infarctus du temps ?
– Quel défibrillat’heure pour ton arrêt quartziaque ?

L’heure est à la minute de silence pour commémorer
la crémation de la mémoire.

Parfois, les yeux fermés, sans même regarder l’heure, ni écouter le battement de l’horloge, 

je devine 14:30 qui se rapproche 

comme une procession funèbre,
      à son seul parfum
              d’encens 

qui
  embaume le temps mort. 

David Keclard est un écrivain français.

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La sombra que me habita

de Adolfo Santistevan López

La sombra que habita la alcoba

Se acerca reptante hacia mi cama 

Ahí me susurra que el miedo domina entre estas paredes

Me encojo y me divido en minúsculos fragmentos 

Y dejo de ser el hombre que amaba la noche 

Me he vuelto un despojo mohoso y purulento

Un esqueleto de ave carcomido por el sol

Un hedor similar al de los ojos que se cierran en un asilo

Mi nombre es una sílaba masticada por los negros dientes de esta sombra

-un lento

lento

lentísimo susurro –

Que en el eco de estas ventanas cerradas

Transmuta

en una carcajada viciosa.

Hoy caen de mis párpados las hojas del tiempo muerto

Mi cuerpo es un sarcófago vacío

Que estático espera

El regreso de la sombra 

Que ha salido a burlarse

Del hombre que yo era.

Adolfo Santistevan López es un poeta ecuatoriano nacido en 1986. Algunos de sus textos han sido publicados en varias revistas en América Latina. Puedes leer su blog.