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Journey, After Annie Dillard

by Ella Bartlett

Went to the wettest inner slip and 
found mangroves, multiplying by 
themselves, or with the help of the 
wind. Humans swam around their 
trunks, sliding in simple rhythms 
like rounding out the corners of a 
square. There were sounds of 
birds breathing, millions of buds 
growing on the outside of the 
prop roots. Barely half the size of 
my thumb, the insects believed in 
gods who live behind eye sockets 
and I said to my lover, let’s walk 
over there, to see the swimmers 
better. I was crisp, uncomfortable 
watching the water striders clip 
the edge of a fallen branch. 
Underneath this lake are 
a thousand skies, stretched out, 
teeming with things still drifting.

Ella Bartlett is an Iowan-born, New-York-educated, and Paris-based writer. This poem was inspired by a landscape described by the incredible writer Annie Dillard, in whose writing Bartlett finds familiarity and strangeness.

You can follow her on Twitter @EllaTheRewriter.

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Les raisins du souvenir

La bouteille, déjà presque vide, semblait être entourée de parfums hétérogènes qui se déplaçaient dans la pièce au rythme de la musique, faisant vibrer la petite table en verre sur laquelle elle reposait.

La chambre était illuminée d’un subtil halo de lumière qui embellissait les spectres couvrant de leur joie la surface des longs rideaux blanc, des spectres nouveaux qu’elle rencontrait pour la première fois, après être sortie d’un rayon exigu et faussement lumineux. 

La bouteille, seule sur la courte surface en verre, reflétait ces corps qui, tantôt se mouvant, tantôt assis, exerçaient une chorégraphie imprécise et discordante. Sur le reflet du verre rougissant du récipient, on pouvait apercevoir des mains déformées par la matière, mais dont les contours appartenaient à deux corps différents, et dont les lignes s’entremêlaient de temps à autre.

Le liquide rouge stagnait et faisait jaillir une fine odeur brûlée, ignorée des ombres extérieures qui ne sentaient que le parfum de leurs propre matière, élastique et ferme.

Combien de temps allait durer cette valse de réflexions imprécises sur l’objet inanimé ?

Ils s’éloignèrent peu à peu plus loin dans la pièce réchauffée, laissant pour seule image un point obscur, mouvant indistinctement sur la courte surface vitreuse. Le parfum bouchonné du grand flacon commençait à prendre la fuite à travers le sillon des fenêtres ; il perdait peu à peu l’essence de sa vie, on l’avait arraché à son unique valeur et les mains imprécises s’étaient saisies de lui pour en voler violemment la substance, à des fins inconnues.

L’odeur est éphémère, les corps en constante évolution : ces âmes liées à travers un reflet allaient peut être, elles aussi, finir par s’évaporer par des voies extérieures. Le temps passait, et cette chambre, autrefois munie d’une simple couverture violette et de quelques livres, livres lus sur la couverture violette, et couverture dans laquelle des corps s’étaient liés, était devenue obscure. La bouteille de verre, toujours là, par mépris de l’inutile ou par simple oubli, ne brillait plus ; aucune tâche floue et intrigante, aucunes lignes qui se fondent. 

Cet objet qui, par sacrifice, était parvenu à créer un instant, était et restera à présent seul, vidé de son sang, laissé depuis le soir où il s’était éloigné, derrière les longs rideaux blancs de la chambre abandonnée à jamais à des ombres éternelles.

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La feuille

de Clémence Bobillot

Je marche dans le le le froid Pressé de rentrer dans dans dans le chaud Oui, dedans, bien au dedans, si bien sûr il est possible de s’y réfugier, au coeur du chaud comme d’un volcan qui refuserait de tuer, et caresserait, chaufferait, juste comme il faut sans exterminer de sa lave. Un bain de lave lave lave jovial et protecteur, nuage de guimauve ardente rouge. Je marche dans le froid vers le chaud quand survient un élément perturbateur que je m’en vais vous montrer tout à l’heure. Nous sommes bien en automne, saison qui explique ce ce ce froid comme vous l’aviez peut-être compris, si vous êtes attentifs aux détails que je sème pour vous. L’automne, c’est spécial : les arbres semblent être les seuls à ne pas avoir froid froid froid comme nous autres. Tandis que nous dissimulons nos corps sous de nombreuses couches de lainages, c’est à ce moment qu’ils choisissent de s’exhiber. Alors ils se déshabillent progressivement. C’est un strip- tease collectif, chargé de poésie, qu’ils exécutent durant de longues semaines. Certains y voient une tristesse, une nostalgie : le spleen par excellence. Mon pote Charles pleure comme une grosse madeleine inondée et écrit des vers mélancoliques, sentant la mort s’approcher de lui d’un pas à chaque feuille qui se décroche. C’est assez spectaculaire. Je le regarde chouiner, en silence, en fumant et en oubliant que je fume, et je réfléchis à tout ça sans parvenir à savoir ce que j’en pense. Moi je vois les arbres qui me draguent et qui se révèlent : pas besoin de parure pour être beaux. Ces grosses ou fines branches, droites ou tordues, chacune différente, pour moi c’est une vraie beauté bien vraie. Comme une petite culotte jetée à la figure, je reçois à ce moment de mon trajet une grosse feuille pointue en pleine poire. Elle atterrit sur mon front, bien au milieu, avant de retomber au sol. Je vois ceci comme une tentative provocatrice, je regarde l’arbre responsable de cette attaque et il me sourit. Cette feuille je la ramasse soigneusement et la garde en main jusqu’à la fin de mon trajet, j’arrive chez moi, je la pose sur mon deuxième oreiller toujours vide. Pour une fois que je peux mettre quelqu’un dans mon lit, je saute sur l’occasion. Je décide de ne pas sauter la feuille tout de suite, et de faire les choses bien. Oui, je sens qu’il faut attendre, cette fois-ci, et ne pas reproduire les conneries du passé : le passé s’invite toujours à l’aube d’une relation, les fantômes des ex se ruent dans la pièce, et ainsi je revois Gabrielle, surgir de sous mon lit, Amour, de mon armoire, Saint-Ange, d’une chaussette restée sur la moquette et Calypso, de mon oreille droite, et Yves, de ma bouche… Surgirent de tous mes autres orifices, les spectres de ceux qui les connurent mieux que personne, ces mêmes orifices. Gabrielle me caresse le visage de ses mains comme elle le faisait si bien, pendant qu’Amour embrasse mon sein, et Saint-Ange, mon beau Saint-Ange, plus éblouissant que jamais, argenté comme la Lune, mord doucement ma joue. Calypso et Yves me regardent, ils sont en colère contre moi et je les regarde aussi à travers mes larmes troubles. Ensemble ils me dévorent un moment, je ne les touche pas, je ne les empêche pas de faire leur devoir, trop impuissant face à leur tendresse. Yves finit par oublier sa haine, et pose le bout de sa langue contre ma bouche, c’est un délice : moi j’observe la feuille, qui dort, et imagine mon avenir à ses côtés. La tête me fait mal, juste là où elle a atterrit, je sens une chaleur piquante émaner du milieu de mon front. 

Clémence Bobillot est une poétesse et cinéaste. Elle est en colère pour un monde meilleur. Vous pouvez la suivre sur Instagram.

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Chronopolitisme

de David Keclard

« On ne se baigne jamais deux fois dans la même heure, car ni l’instant ni l’être ne sont jamais les mêmes… » 

– Héraclite ?

        Promiscuité des souvenirs entassés dans l’instant… 

Peut-on saturer d’idées la contenance d’une seconde ? Lorsque l’unité de mesure est comblée de pensées, les nouvelles cogitations effacent-elles les anciennes ? Débordent-elles sur la seconde suivante, ou font-elles craquer la première ? Je cherche encore comment 

    panser l’éphémère, 
                                                                                  garrotter le passager, 
                                                                                  plâtrer le transitoire.

Deux continents sont séparés par l’océan du Midi : 

                       Ante Meridiem                                                              Post Meridiem

                                « A.M. » comme « Ancien Monde ». 

Un soir, j’ai découvert les AM-ériques, en cherchant le Sommeil. À l’heurizon

j’ai senti que j’allais 

                             coloniser l’aurore.

14:30 : l’herbe piétinée du temps ne pousse plus à cet instant précis, labouré par l’idée. Perdant la nationalité d’une Heure, je suis devenu chronopolite : citoyen du temps. Mes pensées débordent les cadrans inétanchéisés.

14:30 : à quoi pensais-je chacune des fois où j’ai atteint cette heure ? N’y ai-je pas laissé un déchet de pensée, un résidu de réflexion, une impression que je retrouve toutes les 24h, reconnaissable mais changée ?

Je veux :

Décanter le temps dans la carafe des heures. 

Un conteneur où recycler les siècles 

en y jetant la canette évidée

des minutes consommées 

                                      d’une traite. 


      Ai-je pris pour les AM-ériques l’îlot de déchets de mes doutes

                                et de mes convictions ?

Car 

         14:30 est pollué par les déjà-vu de mes occupations successives.     

         14:30 est souillé par l’amoncellement de mes oublis. 

         14:30 a le cuivre oxydé d’une idole que trop de lèvres pieuses ont baisé. 

Lorsqu’une pensée me percute, est-ce une idée nouvelle qui me frappe, ou une spéculation stagnante contre laquelle je bute, comme contre la dépouille d’un animal mort ? Les pensées s’enterrent mal : 

on n’a pas le temps de sortir une pelle que,
déjà,
une minute est passée.

De nouvelles perspectives naîtront-elles du compost de mes rêveries ?

Demain à la même heure,
14:30 aura l’odeur rance d’une pensée datée.
À la même heure, après-demain,
14:30 empestera la décomposition de l’entendement, l’idée morte en déliquescence, la pourriture de l’intellect actualisé.

Chaque heure est un cimetière d’impressions éphémères. Le temps n’aura jamais assez de caveaux où momifier les secondes sous une pyramide de minutes.

Bientôt, nous aurons saturé le Montmartre des montres.

Alors il faudra

inventer
une annexe au chronos,
un cloud pour le temps,
un columbarium où stocker
les cendres des pensées incinérées
par manque d’espace.

Une mémoire vive
           où mettre 

                      la  mémoire morte.

Quel horloger pour faire rebattre 

les quartz d’heures arrêtés par l’infarctus du temps ?
– Quel défibrillat’heure pour ton arrêt quartziaque ?

L’heure est à la minute de silence pour commémorer
la crémation de la mémoire.

Parfois, les yeux fermés, sans même regarder l’heure, ni écouter le battement de l’horloge, 

je devine 14:30 qui se rapproche 

comme une procession funèbre,
      à son seul parfum
              d’encens 

qui
  embaume le temps mort. 

David Keclard est un écrivain français.

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Lens Through A Different Light, Lonely Teenage

This article was developed by one of the International Zine Project’s editors, in collaboration with Lonely Teenage’s Cory Wicklund, whose sounds are featured within.

Lonely Teenage is a project born of Illinois-native, Cory Wicklund’s, commitment to sound and collaboration, as well as a testament to his ceaseless drive as a musician. 

The group started to take shape in Rockford, Illinois in January of 2016, while Wicklund was living on the top floor of an abandoned apartment building that locals used to refer to as “The Loft.”

He had been working part-time in a bar two blocks away, existing somewhere between homelessness and poverty, when he picked up an iPad and a microphone, a Shure SM57. From January until the following September, he worked on what was to become his first single, “What You’re Afraid Of.” 

Wicklund saw this as a time to experiment and to experience a newfound independence as a musician. The environment in which a musician lives — how it changes — is ever-evolving, and forever ephemeral.

“This was my chance to take over,” says Wicklund, “I wanted to play bass, I wanted to play percussion, synthesizer, guitars, I had to learn how to sing, but I knew what I wanted, I had a vision.”

The musician’s existence is nomadic, and multidisciplinary, requiring malleability as well as openness, and an ability to change and to be changed, by the environment in which he finds himself, by the one he creates — alone, with his sound, and with his collaborators. 

The Illinois-native explains that the Midwestern environment has been highly influential to his work, being diverse and comfortable, yet a place where one can experience extremes — extreme solitude, extreme cold, and the kind of vacancy and urgency that are becoming definitive of every contemporary environment.

The idea for Lens Through A Different Light, featured below, came around May of 2019. A fresh song, it echoes with its own contradictions and Wicklund’s multidisciplinary approach, with Brian Mastrangeli on bass. Its notes are often sinister and melancholic, but painted with enough hope, the song is unpredictable, a testament to this environment, to Wicklund’s and to our ambiguous perceptions that define them all:

Lens Through A Different Light, Lonely Teenage

“How do those people see the world compared to how I see it? I didn’t want to forget that there’s more to this life than what was in front of me. That this environment might only be temporary, and that not every scenario is going to be black or white. Not every question can be answered in a yes or no fashion; it’s not always that simple.”

Lonely Teenage has grown and developed since June 2019 and now consists of Cory Wicklund (guitar, synthesizer, and vocals), Brian Mastrangeli (bass), Andrew Yarbro (guitar), Nathan Blache (drums), and Cameron St. Clair (percussion). You can learn more about their own ephemeral environment on SoundCloud and Spotify, and follow them on Instagram.

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Scrolling Head

Aaron Travers, 2019, Oil on paper

Aaron Travers is an American artist.

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Culottes à la fraise

de Clémence Bobillot

Pour une fois, à la place du Coca

Il nous a commandé un jus de fraise.

Le jus est arrivé

Dans un gros gobelet,

Rose fuschia, une drôle de couleur de fraise.

Ceci dit, baignant dans les glaçons, c’était frais,

Et son corps à lui,

chaud, nu, excepté un caleçon.

Dans un geste brusque, non maîtrisé,

Voulant me border,

Il buta le gobelet

Encore à moitié plein (à moitié vide, aussi), qui tomba,

Déversant le jus rose fuschia

Au dessus du tiroir entrouvert :

Le tiroir à culottes.

Il donna le bain à ma collection de culottes, un bain sucré et coloré.

Toutes y passèrent : dentelle, string, tanga, coton, culotte de grand-mère… même deux ou trois

chaussettes.

Clémence Bobillot est une poète des mots et de l’image. Vous pouvez la suivre sur Tumblr.