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La sombra que me habita

de Adolfo Santistevan López

La sombra que habita la alcoba

Se acerca reptante hacia mi cama 

Ahí me susurra que el miedo domina entre estas paredes

Me encojo y me divido en minúsculos fragmentos 

Y dejo de ser el hombre que amaba la noche 

Me he vuelto un despojo mohoso y purulento

Un esqueleto de ave carcomido por el sol

Un hedor similar al de los ojos que se cierran en un asilo

Mi nombre es una sílaba masticada por los negros dientes de esta sombra

-un lento

lento

lentísimo susurro –

Que en el eco de estas ventanas cerradas

Transmuta

en una carcajada viciosa.

Hoy caen de mis párpados las hojas del tiempo muerto

Mi cuerpo es un sarcófago vacío

Que estático espera

El regreso de la sombra 

Que ha salido a burlarse

Del hombre que yo era.

Adolfo Santistevan López es un poeta ecuatoriano nacido en 1986. Algunos de sus textos han sido publicados en varias revistas en América Latina. Puedes leer su blog.

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Lens Through A Different Light, Lonely Teenage

This article was developed by one of the International Zine Project’s editors, in collaboration with Lonely Teenage’s Cory Wicklund, whose sounds are featured within.

Lonely Teenage is a project born of Illinois-native, Cory Wicklund’s, commitment to sound and collaboration, as well as a testament to his ceaseless drive as a musician. 

The group started to take shape in Rockford, Illinois in January of 2016, while Wicklund was living on the top floor of an abandoned apartment building that locals used to refer to as “The Loft.”

He had been working part-time in a bar two blocks away, existing somewhere between homelessness and poverty, when he picked up an iPad and a microphone, a Shure SM57. From January until the following September, he worked on what was to become his first single, “What You’re Afraid Of.” 

Wicklund saw this as a time to experiment and to experience a newfound independence as a musician. The environment in which a musician lives — how it changes — is ever-evolving, and forever ephemeral.

“This was my chance to take over,” says Wicklund, “I wanted to play bass, I wanted to play percussion, synthesizer, guitars, I had to learn how to sing, but I knew what I wanted, I had a vision.”

The musician’s existence is nomadic, and multidisciplinary, requiring malleability as well as openness, and an ability to change and to be changed, by the environment in which he finds himself, by the one he creates — alone, with his sound, and with his collaborators. 

The Illinois-native explains that the Midwestern environment has been highly influential to his work, being diverse and comfortable, yet a place where one can experience extremes — extreme solitude, extreme cold, and the kind of vacancy and urgency that are becoming definitive of every contemporary environment.

The idea for Lens Through A Different Light, featured below, came around May of 2019. A fresh song, it echoes with its own contradictions and Wicklund’s multidisciplinary approach, with Brian Mastrangeli on bass. Its notes are often sinister and melancholic, but painted with enough hope, the song is unpredictable, a testament to this environment, to Wicklund’s and to our ambiguous perceptions that define them all:

Lens Through A Different Light, Lonely Teenage

“How do those people see the world compared to how I see it? I didn’t want to forget that there’s more to this life than what was in front of me. That this environment might only be temporary, and that not every scenario is going to be black or white. Not every question can be answered in a yes or no fashion; it’s not always that simple.”

Lonely Teenage has grown and developed since June 2019 and now consists of Cory Wicklund (guitar, synthesizer, and vocals), Brian Mastrangeli (bass), Andrew Yarbro (guitar), Nathan Blache (drums), and Cameron St. Clair (percussion). You can learn more about their own ephemeral environment on SoundCloud and Spotify, and follow them on Instagram.

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Scrolling Head

Aaron Travers, 2019, Oil on paper

Aaron Travers is an American artist.

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Culottes à la fraise

de Clémence Bobillot

Pour une fois, à la place du Coca

Il nous a commandé un jus de fraise.

Le jus est arrivé

Dans un gros gobelet,

Rose fuschia, une drôle de couleur de fraise.

Ceci dit, baignant dans les glaçons, c’était frais,

Et son corps à lui,

chaud, nu, excepté un caleçon.

Dans un geste brusque, non maîtrisé,

Voulant me border,

Il buta le gobelet

Encore à moitié plein (à moitié vide, aussi), qui tomba,

Déversant le jus rose fuschia

Au dessus du tiroir entrouvert :

Le tiroir à culottes.

Il donna le bain à ma collection de culottes, un bain sucré et coloré.

Toutes y passèrent : dentelle, string, tanga, coton, culotte de grand-mère… même deux ou trois

chaussettes.

Clémence Bobillot est une poète des mots et de l’image. Vous pouvez la suivre sur Tumblr.

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Celle-qui-observe-le-monde

de Camille Chauveau

On dit qu’au centre du monde une tour se dresse, droite, dominant tout, plongeant le monde dans son ombre sombre. Personne ne sait qui l’a construite, pourquoi elle est là ; elle existe – c’est tout.

On dit que tout en haut de cette tour tutoyant les cieux, vit une reine glacée comme les grands vents furieux. On ne dit jamais son nom, ou alors avec effroi. Tout le monde en a peur, tout le monde la craint, cette femme cruelle en haut de la tour noire. 

Cette reine, c’est moi.

Je ne sais depuis combien de temps je vis là-haut, comment je suis devenue la reine qui-voit-tout. Je le suis – c’est tout. Alors je reste seule, là-haut, et j’observe, inlassablement, jour après jour, siècle après siècle. Je suis – c’est tout.

Ai-je un nom ? Je ne sais. Ceux qui m’appellent me nomment majesté, reine, celle-qui-observe. Sans doute est-ce là la seule vérité, c’est ce que je suis – c’est tout.

Je suis là-haut, seule, voguant sur le flot éternel du temps paresseux. Chaque jour un globe d’or tourne autour de moi, tantôt rose timide, tantôt flamboiement glorieux, tantôt grand lac d’argent au milieu de la mouvante brume des nuages tranquilles. A travers les grandes arcades blanches qui s’élèvent gracieuses jusqu’au dôme d’argent, immobile dans cette haute tour bercée par le vent, je contemple l’indolente errance des habitants du ciel. 

Il y a des jours où je reste allongée dans le grand lit, les yeux loin, loin au-dessus du grand dôme, glissée entre les draps légers qui m’effleurent, langoureux, et ma pensée s’envole, loin au-delà des nuages, des étoiles et du temps. Puis, après une seconde ou un siècle, je me lève et foule le sol froid de l’immense chapelle, la haute tour au-dessus du monde et des cieux, et j’observe le lent ballet des nuages laiteux qui dansent, dansent en rond, indolents, colériques, joyeux, chaque jour, chaque instant, et tout est pour le mieux.

Quand je m’approche des hautes fenêtres, j’entends une musique nouvelle, tintante, chaotique, cliquetante, un tintamarre ravissant. Je plaque mes mains contre le verre froid, presse mon front contre la vitre pour voir en bas la ville, son mouvement et sa force vibrante. 

Ai-je un jour marché dans ces rues poussiéreuses, mes pieds nus foulant le sol chaud ? Ai-je un jour senti ces odeurs, entendu ces rires, parlé ces mots ? Je ne sais pas, je n’ai jamais su ; je suis la reine qui-observe-le-monde, cela suffit.

Le vent se fait plus fort et j’entends les voix qui envahissent la tour. Je tourne sur moi-même à leur rythme, mes bras forment deux ailes, je bondis, je volte, je m’envole ! Tout cela est bien. Je n’observe plus, mais je danse, au rythme des hommes, au rythme de leurs voix… Puis la nuit vient et les voix se taisent et je retombe, solitaire, à genoux sur le marbre froid, le corps luisant sous la lumière de la Lune. 

Je suis la reine de la tour qui domine le monde, je suis seule, j’observe – est-ce tout ?

Quand le jour est brumeux, je peux me voir dans les reflets des vitres translucides. Je suis là, éthérée, flottant au milieu des nuages ; pourtant, quand je touche cette image si frêle qu’elle aurait pu s’envoler, je sens de la chair, ferme, tangible. Est-ce vraiment moi, ceci, ces membres fins et solides ? J’ai l’impression de ne jamais les avoir vus. M’ont-ils vraiment portée, ont-ils vraiment tracé ces élégantes arabesques dans l’air du soir ? Je ne sais, je n’ai jamais su…

Je suis la reine qui-observe-le-monde, je reste là, toujours, seule – c’est tout – mais pourquoi ? Je ne sais pas, je n’ai jamais su, vraiment su. Je doute, encore, toujours, je me perds dans ces mots qui montent jusqu’à moi. 

J’erre devant les fenêtres, jour après jour, et j’observe, j’observe ces hommes qui se pressent sur la terre verte, jaune, sur les flots bleus. Je vois tout, j’entends tout, toujours. Les grandes étendues de sable d’or qui tremblent paresseusement dans l’air du matin, les grandes vagues solides avançant au gré de ses embruns tourbillonnants au milieu d’un ciel toujours bleu, toujours paisible, où marchent lentement les longues caravanes si petites face à l’immensité de la terre, si petites, comme des fourmis, sous mon œil, soulevant des gerbes de grains de bronze à chaque pas qui frappe la dune en rythme jusqu’à ce qu’enfin la nuit soit là, froide, et que les hommes s’endorment quand le désert s’éveille ; les rivières de saphir froid portant les rocs blancs fendus dans leurs flots agités au milieu d’une grande plaine blanche, la neige glacée soulevée par le vent rasant les congères, un ours titubant au milieu de l’étendue de diamants minuscules qui brillent, scintillent sous l’œil acéré du soleil, cherchant quelque viande tendre à déchirer sous ses dents ; les grandes cités, chantantes, aimantes, charmantes, qui exhalent l’odeur de mille nourritures, de mille formes qui se pressent, qui échangent, qui rient, dans ces rues vibrantes de vie, qui résonnent de mille et mille voix, de mille et mille chants, encore et encore, tout le jour, toute la nuit, éclairées, brillantes, tenant haut leurs fières tours dans l’air du matin, je les vois, je peux les toucher, les entendre, les sentir, les gouter !  

Tout vibre, tout s’anime, je ne peux détacher mon regard, je ne le veux pas, je ne sais pas, j’observe, j’observe toujours, c’est beau, je ne peux m’en aller de cette fenêtre qui donne sur le monde… 

Je suis celle-qui-observe.

Là-bas, en bas, je peux entendre la musique des mots, vive, posée, grave, chantante, je peux voir la danse des gestes, emportés, gracieux, la danse des corps qui s’approchent, s’éloignent, tournent ensemble avant de se séparer, brutaux, résignés, soulagés, tendres, les hypnotiques mains qui volent, papillons gracieux, dans l’air léger, d’une joue à un bras, le long d’une lèvre, douce courbe, s’attardent sur une nuque, une épaule, avant de s’unir, joyeuses, à une autre main, amie fidèle, solide, enveloppante, chaude, ferme, une main qui écrit ou qui bêche, une main habile, une main tremblante vécue, une main d’ami, une main d’amant, une main qu’on presse, baise, porte contre soi, toujours prête à se tendre vers celui qui gît, effrayé, seul, dans l’antre noire du silence des hommes. 

Une larme triste roule sur ma joue, perle de cristal, et se brise sur le sol en un millier d’étoiles.

Je vois tout, j’entends tout, toujours, mais je ne parle pas, jamais. 

Je suis la reine qui-observe-le-monde.

Je suis seule – toujours.

La salle de marbre blanc brille de centaines de couleurs, pépie de milliers de sons. Mon regard erre dans la grande étendue. Ont-ils toujours été là ces paniers chargés d’épices odorantes, colorées, prenantes ? Y avait-il toujours ces innombrables coffres de bois précieux débordant de pierreries, ces tapis moelleux, ces statues figées aux yeux aveugles portant des rivières, des cascades entières de colliers, de bracelets, de couronnes, ces tableaux empilés laissant voir l’ombre d’un sourire, un morceau de soierie, un fragment de cheveux, ces grands miroirs qui trompent l’œil qui erre ici, ces grandes armoires ouvertes sur un fatras de plumes, de livres, de vêtements empilés débordant des penderies, ces bottes, ces gants, ces oiseaux bigarrés qui chantent tout le jour, ces chats miaulants qui se glissent partout, ces chiens qui pressent leur flanc chaud contre ma jambe immobile ? Est-ce bien là ma tour, ma demeure, ma vie, cet amas de choses qui s’empilent encore et encore, jusqu’à s’élever, immenses donjons, labyrinthes, marais, jusqu’à englober le tout jusqu’au ciel bloqué ? 

Je ne sais pas, je n’ai jamais su, je ne crois pas avoir su, c’est étrange non, je suis celle-qui-voit-tout mais je ne sais rien ; je vois tout mais je ne sais rien, j’observe – c’est tout.

J’avance lentement au milieu de tout ceci, effleure de ma peau les hautes piles branlantes. Je ne sens plus le vent, simplement l’odeur d’une poussière forte qui imprègne le tout, jusqu’à ma peau, jusqu’à mon âme. Tout a-t-il toujours été ainsi ? Je ne sais pas, toujours pas, je ne sais pas pourquoi…

Saurai-je un jour ? Je ne sais pas. Les cieux muets jamais ne me répondent.

Je ne sais pas. Les hommes parlent, parlent, mais je ne peux qu’entendre.

Que serais-je si je n’étais pas en haut, si j’étais en bas ? Je ne sais, je n’y ai jamais pensé, je ne pense pas, je ne sais pas, c’est étrange… Je suis la reine qui-observe-le-monde, la reine du haut de la tour qui domine tout – est-ce tout ?

Le jour revient et avec lui la joie des voix véloces vivantes dans ma solitude glacée. Ça y est, je suis transportée : mon pied se dresse, me porte, danse ; mes bras sont deux ailes qui m’emportent, immenses. Je tourne sur moi-même, je m’envole, bondis, mes jambes vivement se tendent… – et traîtreusement se prennent dans un tapis. 

Je tombe.

Tout s’écroule, j’étouffe, je suffoque, je suis écrasée par la pile effondrée, par l’immense fatras qui me presse sur le sol, sur des plis. Je suis piégée, comment sortir, tout s’abat autour de moi… Que faire ? J’ai peur… Quelqu’un, y a-t-il quelqu’un pour me sauver ?  – Je ne vois rien, je ne sens que le  poids qui pèse sur mes épaules… Que faire ? Je suis la reine solitaire, personne ne me répond. Que faire ? – Pitié… 

Mes os se brisent, ma peau se fend, creuser il faut creuser, lutter contre la marée des objets qui s’effondrent, contre la grande vague qui s’abat sur la reine de la tour qui-domine-le-monde, je me bas, je me débats, je grimpe, mais où est le haut, où est le bas, je ne sais pas, je ne vois rien, je grimpe toujours.

J’émerge en hoquetant, je ne reconnais plus rien, je ne sais où je suis, il ne reste qu’un immense chaos dans la tour ravagée. Suis-je vraiment encore ? Je ne sais. Comment suis-je sortie ? Je ne sais. Suis-je sortie ?

Je ne peux plus rien voir, seul reste l’incendie brûlant qui laboure mes membres.

Est-ce cela la douleur ? Je ne sais pas, je n’ai jamais su. Ma peau devient bleue, rouge, violette, un peu de sang carmin goutte de ses plaies. Est-ce la première fois ? Je ne sais si c’est étrange, je n’ai jamais senti ça… Comment puis-je sentir ? J’observe c’est tout… Je ne comprends pas… Que suis-je… Qui suis-je… Suis-je la reine qui-observe-le-monde ? que fais-je ici, qui suis-je, suis-je la reine ? je ne sais pas, je n’ai jamais su… ça fait mal, arrêtez, je ne sais pas, arrêtez, faites taire ces voix, je ne sais pas, je suis seule, laissez-moi, taisez-vous, pitié, je veux me perdre dans les nuages, laissez-moi, je ne sais pas –  j’ai peur…

 Je rampe vers les fenêtres de verre. Le jour est levé mais le monde est sombre. 

La reine qui-observe-le-monde se roule contre la fenêtre – et pleure.

Rouge, jaune, noir, fauve, une grande lueur tremblotante qui envahit l’horizon. Il fait nuit, toujours nuit, et je me recroqueville contre la fenêtre. La marée dans la tour me presse contre la vitre, je ne peux bouger, je ne peux rien faire, je ne peux qu’observer, encore, toujours observer, c’est là mon rôle, n’est-ce pas, je ne sais pas, je ne sais plus, j’observe – c’est tout – est-ce tout ? Il fait nuit, toujours nuit, et les étoiles sont voilées par la grande lueur tremblotante qui envahit l’horizon.

Ça blesse mes yeux, ça blesse la paix du ciel. Qu’est-ce que c’est ? Je ne sais pas, je ne vois rien, ça fait mal de voir, c’est la première fois que ça fait mal, vraiment, je ne sais pas, je n’ai jamais su, mais il faut que j’observe, c’est là mon rôle, n’est-ce pas, j’observe, pour toujours, seule, j’observe – c’est tout.

Ça m’appelle, ça m’attire, qu’est-ce que c’est, mais ça fait mal aussi, qu’est-ce que c’est, je ne sais pas, je…

Un grand tambour qui vibre, qui rugit, ô tonnerre, gronde et grogne, grandit en bas, avance, rampe vers les hommes, les troupes qui avancent, qui grognent, qui grondent, ô tonnerre, qui se massent, que font-ils, qui font vibrer la terre sous leurs bottes rageuses. Ça court, ça crie, qu’est-ce que ça fait ? Ça sent tant de choses… Le métal chaud qui sature l’air, la déflagration de poudre qui illumine la nuit, le bruit assourdissant des milliers de gorges qui crient, crient, hurlent toujours, à la lune, au monde, à la mort. Ça sent tant de choses… 

Et ça avance, ça avance toujours, ça guide les hommes, on le suit, aveuglément, sans savoir où l’on va, sans se poser de questions, sans voir le gouffre, sans voir la falaise, on avance – c’est tout.

Et je suis là, là-haut, seule, recroquevillée, j’observe, condamnée à observer, sans parler, sans pouvoir parler, je vois, j’observe, je vois tout, je ne peux rien faire, jamais rien, pas même hurler, j’observe – c’est tout – c’est toujours tout, pourquoi, je ne veux pas, je n’en peux plus, je pleure, j’observe – c’est tout – c’est toujours tout, pourquoi, pourquoi…

La reine qui-observe-le-monde se roule contre la fenêtre – et pleure.

Le monde brûle.

Ça fait des mois, des années, des siècles, et j’observe, toujours, je…

Le monde brûle.

Je veux… je ne sais pas ce que je veux. Veux-je quelque chose ? 

Je ne sais pas. Je ne sais jamais. Pourquoi ? Que suis-je ? Qui suis-je ?

Je ne sais pas – encore. Je ne sais jamais.

Le monde brûle.

J’avance, je titube, je tombe, je…. Que fais-je ? Où suis-je ? Que vois-je ? Qui suis-je ? Je ne sais. Qu’est-ce ? Non, je… Qu’est-ce ? Où est le haut ? Où est le bas ? Qu’est-ce que le haut ?

Je ne sais.

Le monde brûle.

Il y a un bruit qui bat, l’entends-je ? Je ne sais pas entendre. Le sais-je ? Je ne vois pas. Je ne vois plus. Ai-je vu ? Je ne sais. Que suis-je ? Je ne vois rien. Que suis-je ?

J’ai oublié quelque chose d’important.

Le froid, la danse de grands géants célestes…

Qu’est-ce ? Je ne me souviens plus. Qu’est-ce ?

Le monde brûle.

Qu’y a-t-il ?

Je…

Qu’est-ce que je… ?

Je ne comprends pas.

Que vois-je ? Vois-je ?

Un cri dans la tour  –  un hurlement – je n’entends rien.

La tour brûle.

Un choc sourd. Je le sens à peine. Un choc sourd. Je ne le sens pas. Le sang coule. Je ne sais pas sentir. Un choc, violent. Je ne sens plus. Le sang coule. C’est rouge, c’est chaud. Qu’est-ce… Choc. Quelqu’un frappe sa tête contre la vitre. Qui est-ce ? Choc. Du sang, encore. Il coule, coule, sur un visage, sur une vitre, sur le sol blanc au milieu d’une salle recouverte d’une bataille. Choc. Un gémissement. Qui est-ce ? Qu’est-ce ? Choc. Choc. Des poings qui frappent, encore, frappent, éclatent, le sang qui vole. Suis-je celle qui frappe ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. Ai-je été ? Je ne sais, je frappe.

La vitre se brise.

Le vent est là, il chante, il hurle. Qu’est-ce qu’hurler ? Il n’y a rien, que des nuages blancs aveugles muets ils ne me parlent plus les nuages. M’ont-ils parlé ? Je ne sais, je ne sais pas, je ne suis plus.

Je… – C’est tout.

Le vide, le monde, les hommes, le néant, rien qui m’appelle.

Choc.

La tour brûle.

Le vide, le monde, les hommes en bas.

Je m’avance.

Le vent chante, me caresse, me porte… Je danse au milieu des nuages, je tourne sur moi-même, mes mains se déploient, deux ailes gracieuses, je danse, je suis libre, tout défile, les nuages m’accueillent, me caressent, me portent… Je descends, je danse, je ne vois plus rien, ce n’est pas grave, je danse, je descends, je vole, je danse, c’est beau, je descends, je vole vers la ville, je vais être parmi eux, je descends, je vais les voir sans la vitre, c’est beau, je descends, je vole vers eux, je vais être là-bas, je vais

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Apartment as afterlife

by Ella Bartlett

Ceiling with wooden beams, your father’s ceramic tea cups

Crawfish etched into the tile behind the stove

their backs curving easy, invisible water, waiting space. 

Swimming from the other end of the Atlantic, your body

a crepuscule like the two moons of your hips at the sink

as you peel a mango, your back turned to me

and your feet planted on the cherry-tart linoleum. 

Five months ago we dammed the estuary, our lips

closed, we picked the perfect night. We told ourselves

when we stay in Amiens, our fate will carve out time

for us and let us leave handprints on the walls. 

The silence is a siren going past, the escalating rain

the stereo that you turn on, my tongue dissolving

the faint sugar of my last smile. Briefly, we dig

our heels into the floorboards, paramour, flitted 

with our heads hung like strange flowers, searching

for the warbling sunlight coming through the glass. 

Ella Bartlett is an Iowan-born, New-York-educated, and Paris-based writer. This poem was inspired by a moment right before a departure. You can follow her on Twitter @EllaTheRewriter.