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Les raisins du souvenir

La bouteille, déjà presque vide, semblait être entourée de parfums hétérogènes qui se déplaçaient dans la pièce au rythme de la musique, faisant vibrer la petite table en verre sur laquelle elle reposait.

La chambre était illuminée d’un subtil halo de lumière qui embellissait les spectres couvrant de leur joie la surface des longs rideaux blanc, des spectres nouveaux qu’elle rencontrait pour la première fois, après être sortie d’un rayon exigu et faussement lumineux. 

La bouteille, seule sur la courte surface en verre, reflétait ces corps qui, tantôt se mouvant, tantôt assis, exerçaient une chorégraphie imprécise et discordante. Sur le reflet du verre rougissant du récipient, on pouvait apercevoir des mains déformées par la matière, mais dont les contours appartenaient à deux corps différents, et dont les lignes s’entremêlaient de temps à autre.

Le liquide rouge stagnait et faisait jaillir une fine odeur brûlée, ignorée des ombres extérieures qui ne sentaient que le parfum de leurs propre matière, élastique et ferme.

Combien de temps allait durer cette valse de réflexions imprécises sur l’objet inanimé ?

Ils s’éloignèrent peu à peu plus loin dans la pièce réchauffée, laissant pour seule image un point obscur, mouvant indistinctement sur la courte surface vitreuse. Le parfum bouchonné du grand flacon commençait à prendre la fuite à travers le sillon des fenêtres ; il perdait peu à peu l’essence de sa vie, on l’avait arraché à son unique valeur et les mains imprécises s’étaient saisies de lui pour en voler violemment la substance, à des fins inconnues.

L’odeur est éphémère, les corps en constante évolution : ces âmes liées à travers un reflet allaient peut être, elles aussi, finir par s’évaporer par des voies extérieures. Le temps passait, et cette chambre, autrefois munie d’une simple couverture violette et de quelques livres, livres lus sur la couverture violette, et couverture dans laquelle des corps s’étaient liés, était devenue obscure. La bouteille de verre, toujours là, par mépris de l’inutile ou par simple oubli, ne brillait plus ; aucune tâche floue et intrigante, aucunes lignes qui se fondent. 

Cet objet qui, par sacrifice, était parvenu à créer un instant, était et restera à présent seul, vidé de son sang, laissé depuis le soir où il s’était éloigné, derrière les longs rideaux blancs de la chambre abandonnée à jamais à des ombres éternelles.

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