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La feuille

de Clémence Bobillot

Je marche dans le le le froid Pressé de rentrer dans dans dans le chaud Oui, dedans, bien au dedans, si bien sûr il est possible de s’y réfugier, au coeur du chaud comme d’un volcan qui refuserait de tuer, et caresserait, chaufferait, juste comme il faut sans exterminer de sa lave. Un bain de lave lave lave jovial et protecteur, nuage de guimauve ardente rouge. Je marche dans le froid vers le chaud quand survient un élément perturbateur que je m’en vais vous montrer tout à l’heure. Nous sommes bien en automne, saison qui explique ce ce ce froid comme vous l’aviez peut-être compris, si vous êtes attentifs aux détails que je sème pour vous. L’automne, c’est spécial : les arbres semblent être les seuls à ne pas avoir froid froid froid comme nous autres. Tandis que nous dissimulons nos corps sous de nombreuses couches de lainages, c’est à ce moment qu’ils choisissent de s’exhiber. Alors ils se déshabillent progressivement. C’est un strip- tease collectif, chargé de poésie, qu’ils exécutent durant de longues semaines. Certains y voient une tristesse, une nostalgie : le spleen par excellence. Mon pote Charles pleure comme une grosse madeleine inondée et écrit des vers mélancoliques, sentant la mort s’approcher de lui d’un pas à chaque feuille qui se décroche. C’est assez spectaculaire. Je le regarde chouiner, en silence, en fumant et en oubliant que je fume, et je réfléchis à tout ça sans parvenir à savoir ce que j’en pense. Moi je vois les arbres qui me draguent et qui se révèlent : pas besoin de parure pour être beaux. Ces grosses ou fines branches, droites ou tordues, chacune différente, pour moi c’est une vraie beauté bien vraie. Comme une petite culotte jetée à la figure, je reçois à ce moment de mon trajet une grosse feuille pointue en pleine poire. Elle atterrit sur mon front, bien au milieu, avant de retomber au sol. Je vois ceci comme une tentative provocatrice, je regarde l’arbre responsable de cette attaque et il me sourit. Cette feuille je la ramasse soigneusement et la garde en main jusqu’à la fin de mon trajet, j’arrive chez moi, je la pose sur mon deuxième oreiller toujours vide. Pour une fois que je peux mettre quelqu’un dans mon lit, je saute sur l’occasion. Je décide de ne pas sauter la feuille tout de suite, et de faire les choses bien. Oui, je sens qu’il faut attendre, cette fois-ci, et ne pas reproduire les conneries du passé : le passé s’invite toujours à l’aube d’une relation, les fantômes des ex se ruent dans la pièce, et ainsi je revois Gabrielle, surgir de sous mon lit, Amour, de mon armoire, Saint-Ange, d’une chaussette restée sur la moquette et Calypso, de mon oreille droite, et Yves, de ma bouche… Surgirent de tous mes autres orifices, les spectres de ceux qui les connurent mieux que personne, ces mêmes orifices. Gabrielle me caresse le visage de ses mains comme elle le faisait si bien, pendant qu’Amour embrasse mon sein, et Saint-Ange, mon beau Saint-Ange, plus éblouissant que jamais, argenté comme la Lune, mord doucement ma joue. Calypso et Yves me regardent, ils sont en colère contre moi et je les regarde aussi à travers mes larmes troubles. Ensemble ils me dévorent un moment, je ne les touche pas, je ne les empêche pas de faire leur devoir, trop impuissant face à leur tendresse. Yves finit par oublier sa haine, et pose le bout de sa langue contre ma bouche, c’est un délice : moi j’observe la feuille, qui dort, et imagine mon avenir à ses côtés. La tête me fait mal, juste là où elle a atterrit, je sens une chaleur piquante émaner du milieu de mon front. 

Clémence Bobillot est une poétesse et cinéaste. Elle est en colère pour un monde meilleur. Vous pouvez la suivre sur Instagram.

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